Une main d'adulte tenant une main de bébé

La France dans le trio de tête européen pour les naissances hors mariage

En 2023, plus d’un enfant sur deux naît hors mariage en France. Ce chiffre place le pays parmi les trois premiers de l’Union européenne selon les dernières données publiées par Eurostat en mars 2025. Mais la France n’est pas seule dans cette situation : à l’échelle du continent, la part des naissances hors mariage a plus que doublé en trente ans. 

Que disent ces chiffres sur l’évolution des familles et du droit ? Nolwenn News fait le point.

Le mariage en recul : une tendance de fond à l’échelle européenne

Un recul du mariage est observé depuis plusieurs décennies en Europe. Selon Eurostat, le taux brut de nuptialité dans l’Union européenne a été divisé par deux depuis 1964 : il s’établissait alors à 8 mariages pour 1 000 personnes, contre 4 en 2023. Sur la même période, le taux de divorce a quant à lui doublé. La crise sanitaire de 2020 a temporairement amplifié ce mouvement, avec une chute de près de 25 % des mariages cette année-là, avant un rebond progressif.

Cette évolution structurelle s’accompagne d’une autre transformation, tout aussi significative : la progression constante des naissances hors mariage à l’échelle européenne. 

Ainsi, en 1993, première année pour laquelle des données comparables sont disponibles au niveau de l’UE, 17,7 % des enfants naissaient en dehors du mariage. Trente ans plus tard, en 2023, ce taux atteint 41,1 %. 

La majorité des naissances en Europe restent donc des naissances au sein du mariage, mais le mouvement vers les naissances hors mariage est continu et concerne l’ensemble des États membres.

👉 Bon à savoir : 

Les naissances hors mariage regroupent des situations très diverses : enfants nés de couples en union libre ou de couples pacsés. Elles ne se limitent pas aux seules familles monoparentales.

La France parmi les pays européens où les naissances hors mariage sont majoritaires

En 2023, six pays de l’Union européenne comptent davantage de naissances hors mariage que de naissances au sein du mariage : la Bulgarie (59,7 %), le Portugal (59,5 %), la France (58,5 %), la Suède (57,4 %), la Slovénie (56,5 %) et l’Estonie (53,8 %). La France se situe en troisième position de ce classement, avec une proportion de naissances hors mariage qui dépasse la moyenne européenne de plus de 17 points.

À l’opposé de ce tableau, la Grèce se distingue par un chiffre inverse : plus de 90 % des enfants y naissent au sein du mariage. Les pays d’Europe centrale et orientale (Pologne, Hongrie, Croatie, Lituanie) maintiennent également des taux de naissances hors mariage sensiblement plus faibles que la moyenne.

Pourquoi la France est-elle dans ce peloton de tête ?

Plusieurs facteurs, législatifs et sociaux, permettent d’expliquer cette situation.

Un droit de la filiation profondément réformé

Pendant longtemps, le droit français a distingué les enfants dits « légitimes », nés dans le mariage, et les enfants dits « naturels », nés hors mariage. Les inégalités les plus marquées touchaient les enfants adultérins, nés d’une relation extraconjugale, qui se voyaient appliquer des droits successoraux réduits par rapport aux autres enfants du défunt.

La loi du 3 janvier 1972 a constitué une première étape vers l’égalisation de leurs droits. C’est l’ordonnance du 4 juillet 2005, entrée en vigueur le 1er juillet 2006, qui a définitivement supprimé cette distinction dans le Code civil : depuis lors, tous les enfants ont les mêmes droits, quelle que soit la situation maritale de leurs parents au moment de la naissance. 

Cette égalisation juridique a contribué à lever un obstacle symbolique et pratique qui pesait autrefois sur les naissances hors mariage.

Le PACS, cadre juridique reconnu hors mariage

La loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité (PACS) a créé, en France, une forme d’engagement juridiquement encadrée, distincte du mariage. Le PACS confère des droits en matière fiscale, patrimoniale et sociale. Pour de nombreux couples, il représente une alternative intermédiaire dans laquelle des enfants peuvent naître, sans que cela constitue un vide juridique. Les naissances au sein de couples pacsés sont, dans les statistiques, comptabilisées parmi les naissances hors mariage.

Une évolution culturelle de long terme

Au-delà du cadre légal, la cohabitation hors mariage s’est progressivement banalisée en France à partir des années 1970, dans un contexte de recul de la pratique religieuse et d’affirmation plus large de l’autonomie individuelle dans les choix de vie. L’union libre est devenue un mode de vie courant, sans stigmatisation sociale significative, bien avant que le droit ne s’y adapte.

Ce que cela implique concrètement pour les enfants concernés

Sur le plan juridique, naître hors mariage n’emporte aucune différence de droits pour l’enfant depuis la réforme de 2005. Sa filiation à l’égard de sa mère est établie par l’acte de naissance. Sa filiation à l’égard de son père, en revanche, n’est pas automatique hors mariage : elle s’établit par une reconnaissance volontaire devant officier d’état civil, qui peut intervenir avant ou après la naissance.

Dans le mariage, la présomption de paternité joue de plein droit : le mari est présumé père de l’enfant.

❓ Le saviez-vous ? 

La reconnaissance de l’enfant peut être effectuée avant la naissance, auprès de n’importe quel officier d’état civil, y compris dans une autre commune que celle du domicile des parents. Elle est ensuite mentionnée sur l’acte de naissance.

Le mot de la fin

Les données Eurostat 2023 confirment une Europe en profonde transformation de ses structures familiales. La France figure parmi les pays où ce mouvement est le plus avancé, portée à la fois par des réformes législatives qui ont progressivement effacé les inégalités entre les enfants et par une évolution des modes de vie qui a, en réalité, largement précédé le droit.

Dans de nombreux États européens, le mariage ne constitue plus la condition préalable à la naissance d’un enfant, mais une forme d’engagement parmi d’autres, dont la place relative continue d’évoluer.

Les conséquences de ces mutations sur les politiques familiales, les droits sociaux ou encore les pratiques successorales demeurent au cœur des réflexions contemporaines. Elles invitent à repenser, de manière plus globale, la place du droit face à des modèles familiaux désormais pluriels et en constante recomposition.

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