Enfants qui harcèlent une petite fille

Harcèlement scolaire : que faire quand votre enfant est victime ?

Le harcèlement scolaire est défini par la loi comme une violence répétée (verbale, physique ou psychologique), exercée par un ou plusieurs élèves à l’encontre d’une même victime, entraînant une dégradation de ses conditions de vie. Depuis la loi n° 2022-299 du 2 mars 2022, il constitue un délit pénal spécifique. Si vous suspectez que votre enfant est victime, le premier réflexe est de lui parler, avant toute démarche externe. Le numéro national 3018 vous accompagne gratuitement à chaque étape.

Depuis quelques semaines, votre enfant fait des cauchemars. Il refuse d’aller à l’école certains matins, sans pouvoir, ou vouloir, vous expliquer pourquoi. Ses résultats baissent. Il passe ses soirées enfermé dans sa chambre, le regard sur son téléphone, et quand vous lui demandez si tout va bien, il vous répond que oui. Pas très convaincant.

Reconnaître le harcèlement scolaire n’est pas toujours simple. Les enfants se taisent souvent, par honte, par peur d’aggraver les choses, ou parce qu’ils ne savent pas nommer ce qu’ils vivent. Pour les parents, la difficulté est double : ne pas minimiser, sans non plus surréagir au risque d’isoler davantage leur enfant.

Quels signes méritent attention ? Comment aborder le sujet ? Vous voulez savoir quoi faire face au harcèlement scolaire que subit votre enfant ? Ce guide répond à vos questions.

Comment reconnaître les signes de harcèlement scolaire ?

Le harcèlement scolaire est souvent invisible aux adultes. Il s’installe dans le silence, en dehors des classes, dans les couloirs, la cour, et de plus en plus sur les téléphones. Voici les signaux à ne pas ignorer, répartis selon les contextes où ils apparaissent : 

À l’école, les signaux sont souvent comportementaux : votre enfant évite certains lieux ou certaines heures, la récréation, la cantine, ses affaires disparaissent ou reviennent abîmées, ses résultats baissent sans raison apparente, etc. Il se dit de plus en plus souvent malade le matin.

À la maison, c’est une autre forme de repli : il dort mal, mange peu ou trop, pleure sans pouvoir vous expliquer pourquoi. Il multiplie les prétextes pour ne pas retourner à l’école, ou au contraire se montre irritable et agressif, ce qui est parfois la seule façon qu’il a de décharger une tension qu’il ne sait pas nommer.

Face aux écrans, quelque chose change. Il éteint ou retourne son téléphone dès que vous vous approchez, il reçoit des messages qui semblent le perturber,etc. Ou bien c’est l’inverse : plus aucun message ni échange avec ses camarades. Un silence numérique qui peut en dire long.

👉 Bon à savoir : 

Un conflit entre enfants, même intense, n’est pas nécessairement du harcèlement. Ce qui distingue le harcèlement d’une dispute, c’est la répétition et le rapport de force : les mêmes actes se reproduisent dans le temps, et la victime ne peut pas se défendre seule. Un seul incident, même grave, peut relever d’une autre qualification. 

Parler à votre enfant : la première étape avant tout

Avant d’appeler l’école, avant d’envoyer un message à l’enseignant, avant toute autre chose : parlez à votre enfant. C’est l’étape que les parents ont souvent tendance à brûler, par urgence, par inquiétude, ou par envie d’agir vite. C’est pourtant la plus importante.

Commencez par créer un espace de parole sans pression : pas à la sortie de l’école ni devant les frères et sœurs. Un moment neutre, dans un lieu où votre enfant se sent en sécurité. Dites-lui ce que vous avez observé, simplement : « Je t’ai trouvé préoccupé ces derniers temps. Est-ce que tu veux m’en parler ? »

Écoutez sans interrompre, sans minimiser (« c’est sûrement pas si grave ») et sans dramatiser (« c’est inadmissible, j’appelle la directrice demain matin »). Les enfants qui se taisent le font souvent parce qu’ils ont peur des conséquences, peur que la situation empire, qu’on les accuse d’exagérer, ou qu’on perde le contrôle devant eux.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Résistez à l’envie d’agir immédiatement. Un parent qui réagit de façon disproportionnée, en contactant les parents des harceleurs directement, par exemple, peut involontairement aggraver la situation de son enfant à l’école. Notez ce que votre enfant vous dit, prenez le temps de réfléchir, et choisissez vos prochaines étapes avec méthode. Gardez à l’esprit que votre calme est une ressource pour votre enfant.

Comment constituer un dossier de preuves ?

Un dossier de preuves bien constitué est indispensable si vous devez signaler les faits à l’établissement, contacter l’académie ou envisager un dépôt de plainte. Il protège votre enfant et donne du poids à votre démarche.

Ce qu’il faut conserver :

  • les messages, textos, e-mails et publications sur les réseaux sociaux en captures d’écran non retouchées, avec la date et l’heure visibles ; 
  • les objets abîmés ou les traces physiques (photos datées) ; 
  • un journal des événements : notez chaque incident avec la date, les faits, les témoins éventuels et la réaction de votre enfant ;
  • les échanges écrits avec l’établissement (e-mails, courriers).

L’application 3018 permet de stocker de façon sécurisée et horodatée les captures d’écran et preuves numériques directement depuis votre téléphone. En cas de dépôt de plainte ou de signalement, ces éléments sont immédiatement exploitables.

📋 Exemple pratico-pratique :

Lucas, 12 ans, reçoit depuis trois semaines des messages insultants sur une messagerie de groupe. Sa mère, Sophie, commence à constituer un dossier : elle capture chaque message avec la date visible, note dans un carnet les dates et le contenu des incidents rapportés par Lucas, et photographie ses affaires abîmées. Quand elle contacte la direction de l’établissement, elle arrive avec un dossier daté et ordonné. Le proviseur prend ainsi la situation au sérieux dès le premier rendez-vous.

Qui contacter dans l’établissement scolaire ?

En France, tout chef d’établissement informé d’une situation pouvant constituer un harcèlement est tenu de mettre en œuvre le protocole de prise en charge prévu par le Programme d’Actions pour lutter contre le Harcèlement et l’intimidation à l’École (pHARe), obligatoire dans les écoles et collèges publics depuis la rentrée 2022 et depuis 2023, pour les lycées.

Les interlocuteurs clés :

  • Le directeur ou chef d’établissement : premier point de contact, il doit déclencher le protocole pHARe.
  • Le coordonnateur harcèlement : désigné dans chaque collège et lycée, il coordonne la réponse de l’établissement.
  • Le CPE (Conseiller principal d’éducation) : en contact quotidien avec les élèves, souvent le premier à détecter les tensions.
  • L’infirmière scolaire et le psychologue de l’Education nationale : ressources de soutien direct pour votre enfant.

Faites votre signalement par écrit, e-mail ou courrier, pour conserver une trace datée. Précisez les faits observés, les dates, et les impacts sur votre enfant. En revanche, évitez les accusations directes sans preuves : tenez-vous aux faits.

🔎 Cas pratique :

Vous prenez rendez-vous avec la directrice. Avant le rendez-vous, vous lui envoyez un e-mail récapitulatif : « Je souhaite vous faire part d’une situation préoccupante concernant [prénom], élève en [classe]. Depuis le [date], j’observe les faits suivants… Je reste à votre disposition pour en discuter lors de notre rendez-vous. » Cet e-mail formalise votre démarche et oblige l’établissement à y répondre officiellement.

Le 3018 : le numéro unique pour le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement

Le 3018 est désormais le numéro national unique pour signaler et obtenir de l’aide en cas de harcèlement scolaire ou de cyberharcèlement. Opéré par l’association e-Enfance, il s’adresse aux victimes, à leurs parents et aux témoins. Il est gratuit, anonyme et confidentiel, disponible 7 jours sur 7 de 9h à 23h. Ses conseillers (psychologues, juristes, travailleurs sociaux), peuvent vous apporter un soutien psychologique, des conseils juridiques, vous aider à constituer un dossier, et déclencher des signalements prioritaires auprès des plateformes numériques pour faire supprimer des contenus préjudiciables. Le 3018 est également accessible par tchat et via l’application mobile 3018.

❓ Le saviez-vous ? 

Le 3018 dispose de procédures de signalement accélérées auprès des grandes plateformes (Instagram, Snapchat, TikTok, WhatsApp…). En cas de cyberharcèlement, des contenus peuvent être supprimés en quelques heures, parfois avant même qu’un dépôt de plainte soit effectué. Ne supprimez pas vous-même les contenus avant de les avoir capturés : la preuve disparaît avec eux.

Si l’établissement ne réagit pas : la procédure à suivre

Si vous ne constatez aucune amélioration après votre signalement à l’établissement, vous disposez d’une marche à suivre claire, niveau par niveau. En effet, les questions de harcèlement et scolarité sont aujourd’hui encadrées par des textes précis qui définissent les obligations de chaque acteur et les vôtres en tant que parent.

  1. Le rectorat / la DSDEN

Saisissez par courrier le directeur académique des services de l’Education nationale (DASEN) de votre département. Joignez une copie de vos échanges avec l’établissement. Les référents harcèlement académiques et départementaux, plus de 400 en France, sont chargés de traiter les situations signalées hors établissement.

  1. L’Inspecteur de l’Education nationale (IEN)

Pour les écoles primaires, l’IEN de circonscription est l’interlocuteur compétent pour intervenir directement auprès de l’école.

  1. Le signalement au procureur de la République. 

En cas de harcèlement grave et persistant, le chef d’établissement est lui-même tenu de signaler les faits au procureur en application de l’article 40 du Code de procédure pénale. Vous pouvez également le faire directement, en tant que représentant légal de votre enfant.

  1. Le dépôt de plainte

La victime de harcèlement scolaire peut déposer plainte dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, par l’intermédiaire de ses représentants légaux. Le délai pour agir est de 6 ans après les faits. Depuis la loi n° 2022-299 du 2 mars 2022, le harcèlement scolaire est un délit pénal passible de sanctions pour l’auteur, y compris lorsqu’il est mineur (article 222-33-2-2 du Code pénal).

Cyberharcèlement : les spécificités à connaître

Le cyberharcèlement prolonge le harcèlement scolaire au-delà de l’enceinte de l’école et peut ainsi continuer le soir, le week-end, ou encore pendant les vacances. Pour l’enfant victime, il n’y a plus de refuge.

Ce qui change concrètement en cas de cyberharcèlement : 

  • Agissez vite sur les preuves. Capturez tout avant de signaler quoi que ce soit : une fois un compte signalé, son contenu peut disparaître. Utilisez l’application 3018 pour stocker vos captures de façon sécurisée et horodatée.
  • Contactez le 3018 en priorité. En cas de diffusion de photos ou vidéos intimes, d’usurpation d’identité ou de campagne de messages coordonnée, le 3018 peut déclencher une procédure de suppression accélérée auprès des plateformes, bien plus rapide que toute démarche individuelle.
  • Ne bloquez pas le harceleur immédiatement. Contre-intuitif, mais important : si vous bloquez le compte avant d’avoir capturé les preuves, vous perdez accès aux éléments nécessaires à toute démarche ultérieure. Capturez d’abord, bloquez ensuite.

Soutenir son enfant sur la durée

Le harcèlement laisse des traces. Même une fois la situation résolue, votre enfant peut continuer à souffrir d’anxiété, de perte de confiance en lui, et/ou de difficultés à retourner dans un environnement scolaire.

Quelques repères :

  • Un médecin généraliste peut délivrer un certificat médical faisant état des conséquences du harcèlement sur la santé de votre enfant, utile pour toute démarche administrative ou judiciaire.
  • Si les symptômes persistent (troubles du sommeil, refus scolaire, idées noires), une orientation vers un pédopsychiatre ou un psychologue spécialisé est recommandée.
  • Le changement d’établissement est une option réelle et légitime. Dans les cas graves, il peut être demandé à la DSDEN dans des délais raccourcis. Ce n’est pas fuir : c’est protéger votre enfant le temps que la situation se stabilise.

👉 Bon à savoir : 

Si votre enfant exprime des pensées négatives sur lui-même, un sentiment de ne pas vouloir continuer, ou si vous observez des automutilations, consultez sans attendre un médecin ou les urgences pédiatriques. Ces signaux ne doivent jamais être relativisés. Vous pouvez également appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24.

❓Le saviez-vous ?

Les assurances peuvent jouer un rôle de soutien souvent insoupçonné. Des garanties liées au harcèlement scolaire existent parfois déjà dans votre contrat multirisque habitation ou dans une garantie accidents de la vie (GAV), sans que vous en ayez été informé à la souscription. Selon une étude Leocare, 53 % des Français ignorent que leur assurance scolaire intègre un accompagnement en cas de harcèlement ou de cyberviolence. Ces garanties restent toutefois limitées et n’incluent pas d’accompagnement juridique pour les situations les plus graves. Des contrats spécifiques existent et couvrent consultations psychologiques, frais d’avocat et nettoyage des réseaux sociaux. Vérifiez les conditions de votre contrat actuel avant d’envisager une couverture complémentaire.

Ce qu’il faut retenir

  • Le harcèlement scolaire est un délit depuis la loi n° 2022-299 du 2 mars 2022. Il se caractérise par des actes répétés créant un rapport de force et se distingue d’un conflit ponctuel.
  • Les signes peuvent être discrets : refus scolaire, isolement, troubles du sommeil, comportement inhabituel face aux écrans.
  • Parlez à votre enfant en premier, avant toute démarche externe. Son consentement et sa confiance sont indispensables.
  • Constituez un dossier de preuves dès les premiers signaux : dates, faits, captures d’écran non retouchées, échanges avec l’école.
  • Dans l’établissement, le coordonnateur pHARe est votre interlocuteur clé : le programme est obligatoire dans tous les établissements publics depuis 2022/2023.
  • 3018 : harcèlement + cyberharcèlement, soutien psychologique et juridique, suppression de contenus en ligne. Si l’établissement ne réagit pas : DSDEN → procureur (article 40 CPP) → dépôt de plainte (délai 6 ans).
  • Sur la durée, un accompagnement psychologique et éventuellement un changement d’établissement peuvent être nécessaires.

Le mot de la fin

Découvrir que son enfant est harcelé est une expérience éprouvante. L’envie d’agir vite et avec force, est naturelle. Mais ce qui aide réellement un enfant victime de harcèlement, c’est d’abord d’être entendu par ses parents, avant que des démarches qui le dépassent ne s’enchaînent sans lui. Prendre le temps de lui parler, de constituer un dossier, et d’avancer avec méthode : c’est ce qui donne de la solidité à votre démarche et préserve la relation de confiance avec votre enfant. Le 3018, le coordonnateur pHARe, le médecin scolaire : ces professionnels sont là pour ça. Ne restez pas seuls dans cette situation.

FAQ

Mon enfant refuse de parler. Comment réagir ? 

Ne forcez pas. Un enfant qui se tait sur le harcèlement le fait souvent par peur des conséquences. Dites-lui simplement que vous êtes là, que vous ne réagirez pas n’importe comment, et que rien ne se passera sans qu’il soit d’accord. Laisser une porte ouverte vaut mieux qu’une confrontation qui le ferme davantage. Le 3018 propose également un tchat anonyme que votre enfant peut utiliser seul, à son rythme.

Peut-on porter plainte si le harceleur est mineur ? 

Oui. La loi n° 2022-299 du 2 mars 2022 s’applique quel que soit l’âge de l’auteur. Les faits commis par des mineurs sont appréciés en tenant compte de leur âge, mais l’infraction existe dès l’école primaire. Le dépôt de plainte peut être effectué par les parents au nom de leur enfant, dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie, dans un délai de 6 ans après les faits.

Faut-il contacter les parents du harceleur ? 

En règle générale, non, du moins pas directement et pas dans un premier temps. Ce type de contact, même bien intentionné, peut aggraver la situation pour votre enfant à l’école. C’est à l’établissement de gérer les échanges entre familles dans le cadre du protocole pHARe. Si vous souhaitez que cette rencontre ait lieu, demandez qu’elle soit organisée et encadrée par la direction.

Qu’est-ce que le programme pHARe ? 

pHARe (Programme de lutte contre le Harcèlement à l’École) est un dispositif national obligatoire dans tous les établissements publics depuis 2022. Il prévoit la formation des équipes éducatives, la désignation d’un coordonnateur harcèlement dans chaque établissement, et un protocole de prise en charge structuré dès qu’une situation est signalée. Vous pouvez demander explicitement à la direction que votre signalement soit traité dans le cadre de ce protocole.

Mon enfant a peur de retourner à l’école. Que faire ?

C’est une réaction compréhensible et légitime. À court terme, signalez la situation au médecin scolaire ou à votre médecin généraliste, qui peut établir un certificat médical attestant des conséquences sur la santé. À moyen terme, si la situation ne s’améliore pas, un changement d’établissement peut être demandé à la DSDEN dans des délais accélérés. Ce n’est pas une capitulation mais une mesure de protection.

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